Le travail en binôme
Le travail en binôme
par Christine DUREL et Hervé LAUD
Chefs de service, coordinateurs d’unités
Communication effectuée dans le cadre du colloque
« L’accompagnement psychosocial des adolescents en grande difficulté. Liens, relations, transferts », Paris 2003
En quoi les liens entre les acteurs de l'institution participent-ils à l'instauration, puis à la restauration des liens chez l'adolescent ? En quoi reflètent-ils également la problématique des liens chez l'adolescent ?
Nous allons vous présenter, mon collègue et moi, le travail en binôme. Mais ne vous y trompez pas, nous ne formons pas un binôme à MÉTABOLE, car étant coordinateur d’une unité et une unité étant composée de plusieurs accompagnateurs psychosociaux, le coordinateur forme donc un binôme avec chacun des accompagnateurs psychosociaux à partir d’une prise en charge en commun d’un usager.
Comme on le voit, c’est donc le jeune qui fait lien dans le binôme. Aussi, nous ne parlerons pas ici du lien entre le jeune et le coordinateur, mais bien de ce lien singulier coordinateur-accompagnateur et tenterons d’en percevoir les effets dans le travail de restauration des liens que le jeune mène au cours de sa prise en charge à MÉTABOLE.
Voici quelques interrogations qui ont été à la source de notre réflexion : comment définir le binôme ? Quelle place tient-il dans le dispositif ? Comment nomme-t-on le binôme à MÉTABOLE ? Comment illustrer notre propos ?
Le binôme est un terme mathématique, un terme algébrique, formé par la somme ou bien la différence de deux termes, ou monômes. Binaire se dit de ce qui est formé de deux unités dichotomiques, de ce qui divise, oppose en deux.
Dans le projet, coordinateur et accompagnateur psychosocial constituent un binôme…étrange. Ils sont l’un et l’autre de leur place respective en contact avec les autres partenaires qui sont engagés auprès de l’usager, selon une approche en réseau.
Mais en fait, quelle place tient le binôme dans le dispositif à MÉTABOLE ?
Si l’on analyse la fonction de coordination, on constate que le travail en binôme ne représente qu’un tiers d’une semaine type. Le reste du temps se répartit entre des contacts avec l’usager, des tâches administratives, le partenariat et les relations à l’extérieur, ainsi que de nombreuses réunions institutionnelles.
Nous allons essayer de vous parler de la façon dont, au quotidien, on nomme le binôme. Pour cela, nous avons choisi de glaner quelques expressions que nous avons entendues au cours de ces premières années de travail à MÉTABOLE. En effet, si l’on entend parfois parler de binôme, on entend également trois autres termes : tandem, duo et couple.
Un tandem, c’est une bicyclette, conçue pour être actionnée par deux personnes, placées l’une derrière l’autre ; ou bien c’est l’association de deux personnes ou de deux groupes travaillant à une oeuvre commune. Nous trouvons donc que c’est une définition assez efficiente pour nommer le travail que mènent les coordinateurs et les accompagnateurs ; cependant, on ne tranche pas la question de qui est devant, tient le guidon et choisi la direction et de qui est derrière et ne fait que pédaler sans voir où il va…
Dans le projet de MÉTABOLE, le coordinateur est chef de service… Ça donne une indication. Chef de service, il est responsable de la mise en œuvre d’un dispositif, il tente d’harmoniser et de soutenir et de coordonner les moyens internes et externes proposés au jeune. Pour cela, il s’appuie donc sur un partage avec un accompagnateur psychosocial qui, même si cette relation n’est pas dénuée d’enjeu, n’est pas soumis à un rapport hiérarchique ; en effet, rappelons que les accompagnateurs psychosociaux sont des travailleurs indépendants associés à MÉTABOLE. Donc, nous sommes chefs de service de gens qui ne sont pas nos subordonnés… C’est important et intéressant. La question de qui est devant et qui est derrière est dès lors à reconsidérer et c’est sans doute pour cela qu’elle est à remettre au goût du jour fréquemment.
Ce qui nous paraît essentiel pour le binôme, c’est d’expliciter régulièrement cette position et, en fait, le mieux c’est d’expliciter à quelle place nous met le jeune. En effet, il n’est pas rare que celui-ci ait envie que le coordinateur ne soit même pas sur le vélo, ou parfois le psy, parfois les deux pédalent dans la semoule…
En ce qui nous concerne, nous faisons le constat que les situations des jeunes et les jeunes eux-mêmes nous amènent nécessairement dans des travers, des mauvais positionnements. Un coup c’est le psy, une autre fois c’est le coordinateur… ou le jeune ! Finalement, le travail en binôme consiste, selon nous, à prendre conscience de ce mauvais positionnement et de ses évolutions et à essayer d’expliciter entre nous ce qui se passe. C’est pourquoi, coordinateur et accompagnateur passent beaucoup de temps au téléphone et se voient toutes les six semaines pour faire le point sur les situations, et cela, en plus des réunions d’unité bimensuelles. Lorsque ce travail d’explicitation est fait – au moins sous forme d’hypothèses – c’est plutôt le travail des accompagnateurs d’en dire quelque chose ou d’en faire dire quelque chose au jeune.
Un autre terme parfois employé à MÉTABOLE est celui de duo. Selon le dictionnaire, un duo est un morceau de musique pour deux voix ou deux instruments ; ce terme désigne également des propos échangés simultanément par deux personnes. Dans le secteur de l’éducation spécialisée et, plus largement, dans le champ éducatif en général, il est admis que soutenir à deux une même position peut avoir une vertu de cohérence : le jeune va demander à l’un, puis à l’autre et, lorsqu’il constate que tout le monde dit la même chose, il peut l’accepter, l’intégrer ou la respecter plus facilement.
Cependant, il nous arrive, le coordinateur et l’accompagnateur psychosocial, de constituer un duo assourdissant pour les jeunes. Ils en perdent alors l’attrait de la différence, de la complémentarité. C’est pourquoi nous pensons qu’il est préférable de ne pas jouer dans la même tonalité, même si on expose un point de vue partagé. Cette différence de tonalité pour exprimer une même partition est un exercice très difficile. Le coordinateur peine parfois à prendre suffisamment de distance ; nous voyons, pour notre part, la difficulté de ne pas faire de « portage » de la dynamique psychique du jeune, sans toutefois n’en avoir rien à faire… c’est compliqué : il faut pouvoir l’entendre pour en faire quelque chose qui n’est pas de l’assumer, parce que si un accompagnateur psychosocial suit trois à quatre jeunes, le coordinateur en suit trente.
Cette distance permet également au coordinateur d’incarner l’institution. L’idée pour lui serait donc de prendre en compte plutôt que de prendre en charge la souffrance du jeune et ainsi, laisser l’espace et l’alliance thérapeutique nécessaire se mettre en œuvre du côté de l’accompagnateur psychosocial. En effet, il est très fréquent que le coordinateur soit mis à la place de l’accompagnateur par le jeune, ce qui est mauvais, car le coordinateur n’est pas en mesure de faire le travail de l’accompagnateur.
En outre, cette distance institutionnelle est essentielle dans la mesure où elle préserve chez le coordinateur sa capacité de décider. Il faut de temps en temps trancher et alors, parfois, incarner la frustration pour le jeune ; or, il faut être un peu libre dans sa tête pour assumer sereinement cette fonction.
Une autre fonction de cette modalité d’intervention plus distanciée est de pouvoir porter un regard global sur la situation du jeune au sein d’un dispositif particulièrement individualisant. Pour cela, nous avons besoin du regard des partenaires, pour évaluer par touche où se situe le jeune lorsqu’il n’est pas dans notre bureau.
Le dernier terme que nous avons entendu employer à MÉTABOLE pour désigner le binôme est couple. Nous passerons rapidement sur la définition courante qui dit qu’il s’agit de deux personnes ou animaux réunis deux à deux, car il est une définition plus intéressante issue du domaine de la mécanique : système de deux forces égales, parallèles, dirigées en sens contraire l’une de l’autre. On dira qu’un couple résistant d’une machine doit vaincre le moteur pour faire fonctionner cette machine. Si l’on remplace le terme machine par le mot dispositif, on a en résumé la complexité du travail en binôme. L’idée est que lorsque chaque partie du binôme travaille en sens contraire, comment s’en rendre compte ? comment en tirer un éventuel bénéfice pour le jeune ? Donc chacun des acteurs du binôme est invité à analyser sa propre position quant au fonctionnement du dispositif, et essayer de comprendre comment le jeune s’y situe. Sur ce point, les rencontres coordinateur/accompagnateur sont essentielles.
Pour notre part, entre couple, binôme, duo ou tandem, il n’y a pas de position idéale : on est souvent dans la même situation, à des places différentes au fur et à mesure du temps ; L’important, c’est davantage ce travail d’explicitation de la place de chacun qui est difficile. Pour cela on s’appuie sur le projet – que dit le projet que je fais, que tu fais ? Qu’est-ce que le jeune voudrait nous faire faire ?
Nous allons maintenant essayer d’illustrer notre propos par des récits d’expériences à différentes étapes du suivi du jeune. Ce matin, Monera Duboscq vous a présenté le processus d’admission et le premier rendez-vous du jeune à MÉTABOLE. Nous ne reviendrons pas sur ce moment, le binôme n’étant pas encore déterminé lors de ce premier rendez-vous. Finalement, c’est le premier jour de sa prise en charge que le jeune se trouvera en présence de son coordinateur et de son accompagnateur psychosocial. C’est ainsi qu’il est en présence du binôme. C’est un moment sinon unique, du moins très rare puisqu’en dehors des contractualisations, ce sera le seul moment du lien du binôme signifié au jeune. Cette mise en scène du binôme devant le jeune lui permettra ensuite de jouer sur cette dualité ou sur l’individualité de chacun. C’est ce qui vient d’être évoqué dans les différentes appellations que porte le binôme.
Voyons de quelle manière le binôme appréhende le risque de passage à l’acte des jeunes.
Nous n’allons pas revenir sur la notion de passage à l’acte que Monsieur Bauchot vient d’évoquer largement. Rappelons toutefois que plus de la moitié des jeunes accueillis à MÉTABOLE ont vécu dans leurs parcours des passages à l’acte, subis ou mis en acte par eux, ce qui est souvent présenté par nos partenaires au moment du processus d’admission comme un symptôme justifiant l’accueil d’admission.
La question est donc de savoir comment le binôme peut se positionner face aux risques réels, mais surtout face à l’angoisse que peuvent générer de tels symptômes ou de tels passages à l’acte.
Nous allons illustrer notre propos en évoquant la situation de Maryse qui avait 17 ans lors de son admission. Elle m’a tout d’abord été présentée par Madame Khelifi qui assurait la coordination avant mon arrivée à l’occasion de la transmission des situations. C’est probablement la rencontre que j’appréhendais le plus tant l’histoire de cette jeune était chargée.
Élève brillante et volontaire, Maryse se montre tout aussi studieuse dans son implication à MÉTABOLE : elle rencontre son accompagnateur très régulièrement. Cependant, des actes de coupure, d’entailles corporelles répétées, parfois au visage, viennent régulièrement et violemment signifier la fragilité psychologique et le risque potentiel que présente cette jeune fille dans un dispositif comme le nôtre qui pourrait la laisser seule avec ses coupures. C’est un symptôme clinique très préoccupant qui m’avait été énoncé d’abord, mais que j’ai vécu trois ou quatre semaines après mon arrivée. Maryse était dans le hall, attendant notre rendez-vous. Son visage était finement et superficiellement entaillé en de multiples endroits ; le sang avait légèrement coulé avant de coaguler et de former des croûtes. L’ensemble était très impressionnant et sidérant, d’autant que Maryse arborait un sourire béat. Nous savons également qu’après son rendez-vous avec moi, elle rentre dans un hôtel à Saint-Denis, qu’elle reprend les cours et qu’elle est mineure. Dans cette situation, comme vous pouvez l’imaginer, la mise en œuvre stricte du dispositif ne préserve pas des inquiétudes de l’accompagnateur et du coordinateur quant à la santé mentale et l’intégrité physique de cette jeune fille. Dans ce cas, notre travail en binôme a consisté en la mise en place d’un maillage important autour de cette jeune fille. Pour ce faire, nous avons d’abord émis des hypothèses quant à la signification de ces actes d’automutilation.
De ma place, j’ai proposé à cette jeune fille de l’accompagner chez un médecin à proximité des bureaux pour qu’elle se fasse désinfecter ses plaies. J’ai fondé ma décision sur la responsabilité du déroulement de sa prise en charge qui m’incombe, sans chercher à raisonner en termes de clinique ou d’intrusion. Elle a été d’accord avec ma proposition et je l’ai donc laissé avec le médecin. De retour aux bureaux, je me suis précipité sur mon téléphone pour appeler son accompagnateur psychosocial et lui dire ma frayeur et mon incompréhension et solliciter un éclairage de sa part. Il m’a dit cerner de mieux en mieux ce qui se passe pour cette jeune fille dans ces moments-là, sans pour autant être en mesure d’affirmer une quelconque certitude. Nous nous sommes vus et avons beaucoup discuté ensemble ; il a partagé avec moi ses hypothèses cliniques, fondées sur ses propres réflexions, mais également sur les échanges avec ses collègues d’unité à l’occasion des réunions cliniques bimensuelles. Ma crainte fondamentale était que si Maryse se coupe le visage, elle était peut-être capable de se couper les veines. Son accompagnateur m’a expliqué que les choses n’étaient pas aussi simples que cela et que, dans le cas particulier de Maryse, les deux actes n’avaient rien à voir, ce qui m’a beaucoup rassuré.
En revanche, il nous est apparu que l’effet qu’avait provoqué sur moi l’état de Maryse devait être ressenti par n’importe qui ; il suffisait de voir le visage des passants que nous avions croisés en nous rendant chez le médecin. Dès lors, ces actes étaient de nature à invalider sérieusement un projet d’autonomie particulièrement ambitieux (Maryse avait brillamment obtenu son baccalauréat et venait d’intégrer hypokhâgne).
Notre idée était que si nous restions centrés sur ces automutilations et leurs effets sociaux, nous ne pourrions pas poursuivre le travail avec Maryse. Nous avons donc décidé de nous décentrer, tout en cherchant à nous rassurer. Voici le protocole que nous avons mis en place :
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L’accompagnateur évoque régulièrement et de façon mesurée son inquiétude avec Maryse ; elle en est d’accord. Ce sujet est donc abordé à chacune de leurs rencontres.
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Le coordinateur laisse le travail entre Maryse et son accompagnateur se poursuivre et ne centre pas toute la prise en charge autour de ce symptôme, aussi impressionnant soit-il.
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Tous les partenaires – qu’ils fassent partie de MÉTABOLE où qu’ils soient extérieurs à l’institution (je pense notamment aux partenaires scolaires ou aux référents de l’ASE) – ne demeurent pas silencieux en cas de nouvelle automutilation, mais lui demandent d’aller chez un médecin (ou à l’infirmerie de l’école) pour se faire désinfecter ses plaies. Ils se tiennent mutuellement informés les uns les autres.
Maryse a souscrit à cette proposition qui était pour nous le seul moyen de travailler avec ce risque. Ce point a été intégré par Monsieur FLORIAN dans son contrat semestriel, à la rubrique « santé ».
Ainsi, le maillage entre les adultes et la confiance mutuelle qu’ils se sont accordée ont permis, me semble-t-il de déplacer nos préoccupations pour Maryse, sans pour autant négliger sa santé.
Face au risque, le binôme n’est pas seul. Il peut faire appel à d’autres partenaires, extérieurs, mais aussi interne. Ainsi, à MÉTABOLE, il y a une responsable des questions cliniques, Madame Zäh dont je me suis assuré, dans un cas comme celui-là, qu’elle était bien informée et en lien avec l’accompagnateur psychosocial. En effet, des dimensions cliniques qui sont hors de mon champ de compétence sont en jeu, mais dont je dois m’assurer qu’elles sont travaillées par les professionnels compétents.
Depuis six mois, les crises d’automutilations de Maryse sont de moins en moins fréquentes. On peut raisonnablement espérer que les souffrances de Maryse s’expriment autrement un jour. En tout cas, ce qui a été confirmé, c’est que le travail avec cette jeune est possible, malgré des troubles psychoaffectifs importants.
Nous allons maintenant développer l’hypothèse selon laquelle les liens qui existent dans le binôme - entre le coordinateur et l’accompagnateur psychosocial, mais également entre le binôme et les différents partenaires - assurent et réassurent les liens entre le jeune et l’extérieur.
Nous allons parler de Fatia qui arrive dans le dispositif, totalement perdue. Le grand désordre règne dans sa tête ; elle sort d’une longue errance qui l’avait conduite à disparaître entre la décision de la prise en charge et le jour même de sa prise en charge à MÉTABOLE.
Pouvait-elle être aidée par notre dispositif ? C’était la grande question.
Finalement, il a été possible de l’aider, car le binôme s’est tourné vers le service de prévention et l’éducatrice qui avait précédemment suivi Fatia. En effet, c’était, à ce moment-là, le seul dispositif au sein duquel la jeune fille avait entrepris des démarches qui avaient fait lien avec cette éducatrice. Ces démarches n’étaient pas anodines puisqu’il s’agissait d’obtenir des papiers d’identité. Cette éducatrice était alors l’intermédiaire indispensable entre Fatia et MÉTABOLE.
Par la suite, Fatia s’est mise à rechercher une formation professionnelle et, de nouveau, elle s’est trouvée déstabilisée par la régularisation de ses papiers qui n’avait pas pu aboutir. Cette régularisation empêchant alors une véritable insertion, nous assistons de nouveau à une perte de confiance de Fatia, cette fois vis-à-vis de l’éducatrice qui avait engagé ces démarches en amont de la prise en charge à MÉTABOLE et qui les poursuivaient. Le relais a dû alors se faire avec le binôme, Fatia tournant le dos à cette professionnelle qui, à ses yeux avait échoué, empêchant la réalisation de tout projet d’insertion sociale. Nous avons donc pris le relais de cette éducatrice pour établir un nouveau lien avec un service juridique spécialisé à qui nous avons décidé de confier cette démarche. Le rendez-vous a été pris avec Fatia et son accompagnatrice psychosociale chez un avocat. C’est alors que Fatia se saisit de ce rendez-vous pour reprendre sa place, se mobiliser autour de son identité, cette identité qu’elle voulait retrouver. À l’occasion de cette démarche administrative, nous avons alors assisté à un élargissement du champ de préoccupation de Fatia qui a interpellé sa mère et ses relations familiales au pays, qui a repris seule les démarches en allant à la préfecture et peu à peu s’est reconstruit autour de cette quête d’identité. Elle remobilise alors tous les partenaires indispensables à sa demande, de sorte que même si cette démarche n’aboutit pas – à l’heure où je parle nous ne savons toujours pas si elle va aboutir – nous voyons une Fatia actrice de sa vie, au centre d’un réseau de partenaires au sein duquel elle a su reprendre place.
Le jeune qui arrive à MÉTABOLE à, le plus souvent, perdu tout ou partie des liens qui le reliaient à une famille, à une institution ou à toute autre structure l’arrimant un tant soit peu à la société. Le binôme – coordinateur comme accompagnateur – travaille avec tous ceux qui contribuent à l’insertion du jeune que ce soit du côté de l’école, de la formation professionnelle, des démarches administratives, de la santé, du budget, avec l’ASE, la justice, etc. C’est à cette condition qu’une confiance peut s’établir avec le jeune et que lui-même peut rétablir une confiance avec les espaces indispensables à son insertion dont il redécouvre l’existence et la nécessité. C’est ce cheminement-là qui est proposé au jeune avec tout l’extérieur. Le binôme est donc bien au centre de ce réseau. Son travail consistera à amener le jeune à se déplacer d’un endroit à l’autre avec ou sans son accompagnateur de façon à ce que ces différents lieux deviennent de véritables lieux de ressources pour le jeune, au service de son insertion dans le tissu social. L’objectif est que durant sa prise en charge, ce jeune navigue à travers les différents dispositifs que lui propose la collectivité et sache s’en saisir, de façon à ce que lorsqu’il aura 21 ans – terme ultime de sa prise en charge – il ne soit plus pris dans sentiment d’insécurité qui pourrait bien être ingérable pour lui à ce moment-là
Mais à quelle place se situe le binôme dans ces différents dispositifs ? Qui fait quoi ? À que moment ? Là, chaque situation est singulière.
Il est une autre fonction fondamentale du binôme dans ce dispositif dispersé et responsabilisant de mise en situation d’autonomie, c’est celle de la borne et de la fixité. Le binôme en fait partie ; il n’y a pas que le contrat de MÉTABOLE et le contrat jeune majeur de l’ASE.
Quelle que soit la nature de la relation du coordinateur et de l’accompagnateur, elle existe, elle est régulière. Le jeune, comme nos partenaires, en savent quelque chose. En cela, elle constitue un des points de fixité du dispositif. Repérer la façon dont le jeune se saisit de ce binôme nous permet de mesurer la façon dont sa problématique se rejoue à MÉTABOLE. Lorsqu’on en est là, que le binôme a été « tordu » dans tous les sens, qu’on est fatigué, parfois pas d’accord avec le jeune ou entre nous, il est temps de redéfinir les modalités d’investissement de chacun sur le mode de qui fait quoi, pour qui, combien de temps, qu’est-ce qu’on prend en charge, qu’est-ce qu’on prend en compte, etc.



